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Articles de la rubrique "Travail de nuit"
Comment en arrive-t-on à travailler la nuit ?
Publié par melenig dans Travail de nuit
Mais comment en arrive-t-on à travailler la nuit? Pourquoi choisi-t-on de vivre contre-nature, de "vivre à l'envers"? Tellement de questions arrivent dès lors que l'on annonce travailler de nuit. Il y a ceux qui pensent que les travailleurs de nuit le choisissent pour "être au calme" (ce qui peux s'avérer vrai parfois, mais très au delà de la réalité des responsabilités ainsi acquises...), et ceux qui se demandent comment on peut tenir le rythme, et la pression (voilà une vraie question...). Pour ma part, en sortant de mes études d'infirmières, je n'avais effectué que 7 nuits réparties sur 3ans et 3 mois de formation. Autant dire très peu, en tout cas pas assez pour se rendre compte de ce qu'implique le fait de travailler à long terme de nuit. Et j'avoue que je faisais partie de ces gens qui pensent que les nuits sont "trop calmes"... Et puis il y a eu l'entrée dans la vie active, et le début de mes responsabilités d'infirmière. Dans certains établissments, il y a des personnels affectés uniquement à des postes de nuit, dans d'autres les nuits font partie du roulement de travail, comme les "matins" ou les "soirs"... Dans l'établissement où j'ai été embauchée il y a de cela un peu plus de 4 ans, la "politique de la maison" est que l'on n'obtient de CDI (ce fameux Contrat à Durée Indéterminée tant convoité par tout jeune diplômé...) qu'en acceptant de passer de nuit quelques temps. Voilà le moyen trouvé pour inciter le personnel à travailler de nuit, puisque les candidats ne s'y bousculent pas de trop pour ce genre de postes (et que l'établissement fonctionne sur le principe de personnel affecté de jour OU de nuit, en tout cas pour le moment). Je me suis donc retrouvée à travailler de nuit, en équipe avec une auxiliaire de puériculture (pour ce qui est de la pédiatrie) ou une aide soignante (pour les autres types de services). Ah le travail en équipe et la solidarité, je les ai découverts dans leur grandeur avec le travail de nuit! Et voilà le bilan que je tire au bout de 4 ans de travail de nuit à temps plein. Il arrive que les nuits soient calmes, très calmes même, et où le temps parait long. Et puis il y a ces nuits où rien ne va, où les sonnettes n'arrêtent pas, où les angoisses se réveillent, et où malheureusement il y a des "soucis"... Apprende à gérer sa fatigue, son stress et ses émotions, pour pouvoir réagir de manière adéquate et professionnelle, voilà tout l'art de travailler la nuit dans un milieu hospitalier. A quel moment appeler le médecin de garde, prévenir le cadre de cadre, que faire en attendant leur arrivée, comment gérer l'urgence quand on est seul (ou presque) face au patient qui n'est pas bien, comment guider un médecin qui ne connait ni le service ni les patients... Imaginez bien l'angoisse, encore plus quand on débute dans le métier (ou le service) et qu'on a peu de recul pour analyser et relativiser les situations... Analyser et relativiser, "souffler un bon coup" et faire ce que l'on peut, avec les moyens qui nous ont été donnés. Voilà ce que l'on apprend de nuit. L'organisation est aussi un maître mot, il faut toujours anticiper pour ne pas être débordé en cas de "problème"... Mais voilà... tout ça on ne l'apprend qu'avec l'expérience, "sur le tas", et parfois au dépend des patients , du service, ou de sa propre santé... Oui bien sur, il y a des avantages à travailler la nuit : on est autonome, et très peu dérangés dans notre organisation de travail, et il y a des primes (ceci dit, on ne les trouve toujours pas assez importantes ces primes...). L'intérêt majeur, à mon goût, reste sans aucun doute le fait que comme le roulement de travail est fixe, lorsque l'on pose par exemple 2 nuits de congé, cela vous donne une semaine de repos à la maison, puisque 'il y avait normalement 2 repos de prévus avant et après vos nuits... Pratique... Mais travailler la nuit, ça n'est pas seulement accepter les responsabilités ou les avantages que cela implique. Quelles répercussions cela a t-il sur nous même? Pour moi, il a fallu accepter de travailler un week end sur deux en permanence, avec très peu de possibilités d'échanges entre collègues (puisque le personnel est réduit...) ; désormais il faut s'organiser pour profiter au maximum de ces week end disponibles... Et il a fallu apprendre à mon entourage à ne pas téléphoner ou passer rendre visite le matin et en début de journée... Sans parler du facteur qui ne livre les colis que le matin, ou le livreur de fuel qui commence forcément sa journée avec vous... Dormir le jour, ça s'apprend, et ça n'est pas évident. Le sommeil est plus léger, le moindre bruit vous réveille, et lorsque vous avez pu dormir 5 heures, votre corps ne veut plus se rendormir si vous avez eu la malchance de vous réveiller... Et lorque les jours de repos arrivent, le sommeil ne vient plus, vous veillez tard le soir en attendant que Morphée veuille bien vous rendre visite... Ou alors vous dormez trop... oui, oui, cela arrive ! Mais là vous ne profitez plus des journées, plus moyen de distinguer la lumière du jour, on ne voit plus les gens que l'on croiserait d'ordinaire. Et l'isolement vous guette, reste à trouver le moyen , et surtout l'organisation de vie, qui vous permettra de ne pas trop en souffrir ! Je ne referai pas de topo sur les troubles de la santé (physique et psychologique) que le travail de nuit implique, les articles de presse et dossiers que j'ai ajouté à cette catégorie en parlent assez, bien qu'il faudrait faire plus d'études à mon goût... Mais j'insiterai sur le fait que la "pression" des responsabilités du métier d'infirmière est largement amplifiée la nuit, il faut être capable de bien gérer ce stress pour bien travailler, et que la solidarité entre les équipes de jour et de nuit sont d'une importance primordiale. Bref, comment en arrive-t-on à choisir de travailler la nuit ? Parce que pour moi il s'agit d'un choix au final, même si je l'ai avant tout choisi pour obtenir ce sacro-saint CDI. Et oui, j'ai demandé à rester de nuit, parce que cette manière de travailler me convient, et parce que j'ai trouvé un équilibre entre ma vie privée et ma vie professionnelle qui me permet de ne pas pâtir des inconvénients de cette vie (ou de ne pas en faire pâtir les autres!). Mais ça n'est pas le cas de tout le monde, comme tout le monde n'est pas capable d'assumer de travailler la nuit, mais là, chacun reste juge de sa propre vie et de son choix de vie ! Au bout de 4 ans passés de nuit, je commençais tout de même à me demander s'il ne fallait pas repasser de jour. Le "destin" a décidé pour moi puisque la mutation professionnelle de mon conjoint me "force" à changer et d'établissement et de rythme (sans aucun doute). L'occasion pour moi de me repositionner dans ma carrière et dans ce que je veux en faire ! Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je laisse pour aujourd'hui place aux articles qui suivent et qui abordent le sujet de manière plus "recherchée" et plus " analysée". Bonne nuit !
À horaires décalés, alimentation désorganisée
Publié par melenig dans Travail de nuit un article d' e-sante.fr
09/01/2006 Centre de recherche et d’informations nutritionnelles CERIN, 2005.
Le travail de nuit, par Brigitte HERISSON, infirmière transversale de nuit
Publié par melenig dans Travail de nuit Dossier trouvé sur le site "infirmiers.com"LE TRAVAIL DE NUITSOMMES -NOUS LE MAILLON FAIBLE ?"La nuit, tous les chats sont gris"LE TRAVAIL DE NUIT SE CARACTERISE PAR SA SPECIFICITE :Nos conditions d’exercice de la profession sont à l’opposé de nos collègues travaillant le jour, et ce, pour des raisons évidentes. -la lumière artificielle, ou l’obscurité, pour effectuer malgré tout notre travail auprès du patient, d’autant plus lorsque celui ci se trouve dans une chambre à 2 lits. L’autre occupant n’a pas nécessairement de soin à ce moment là. Nous lui coupons son sommeil par obligation, sans le vouloir. Il faut faire en sorte que le repos de ces occupants ne soit que suspendu, mais qu’ils puissent retrouver le chemin de l’endormissement sans trop de souci. -le bruit : le travail est à effectuer autant que possible dans le silence, afin de permettre aux patients de dormir. Nos conversations doivent être émises à voix basse, nos chaussures légères et silencieuses, nos gestes sont réfléchis pour ne pas augmenter les décibels.Nos rangements et nos déplacements se réalisent à pas feutrés pour éviter l’écho retentissant la nuit. Le téléphone, outil de communication, ne sonne pas vraiment longtemps pour ne pas tirer du sommeil la plupart des gens endormis, sauf, lorsque n'étant que deux soignants dans l’unité, nous sommes occupés ensemble dans une chambre auprès d'un patient. Le silence nous permet de distinguer tout changement dans le registre sonore, appels, cris, plaintes, râle, chute, pas… Comment calmer un malade agité, confus dont les cris dans la nuit résonnent et ressemblent à une véritable "torture" pour les autres occupants de l’étage ? Quels mots trouver pour apaiser cette personne qui communique à sa manière ? Notre compréhension sera-t-elle suffisante pour ne pas emprunter un chemin de travers et vouloir aller au plus court : " bâillonner " les propos de cet individu ? Avons-nous appris à déchiffrer tous les registres vocaux ou comportementaux de tous les âges ? Les autres patients ne savent pas ce qui se passe dans la chambre adjacente. Cette heure nocturne est propice à toutes sortes d’idées, l’imagination n’a pas de fin. Le retour au calme laisse l’unité avec un halo de crainte, une impression d’avoir combattu toute la nuit. La fatigue est d’autant plus lourde. -le sommeil des uns et l’état de veille des autres : nous luttons par moment contre le sommeil qui cherche à nous gagner pour protéger la qualité de repos de nos malades. Nos sens aiguisés, en attente sont vulnérables. Il est nécessaire de bien se connaître et cerner ses limites physiques et intellectuelles. Une unité très silencieuse est signe que les patients dorment ou cela peut être aussi l’appel à aller vérifier que les malades n’ont pas besoin de notre aide, secours, écoute. Notre présence auprès des malades angoissés, anxieux, déprimés est très importante. Il faut arriver à trouver un terrain de communication qui leur permette de trouver le chemin du sommeil dans la confiance et la sérénité. -l’effectif très restreint pour une charge de travail très lourde : une infirmière et une aide soignante doivent prendre soin et effectuer la charge thérapeutique pour tous les malades de l’unité. Notre rôle propre ne peut trouver sa place qu'entre deux prescriptions médicales, ou être planifié suivant la manière dont nous appréhendons le service. Etre hospitalisé signifie que les soins et la maladie ne permettent pas de rester à domicile. Ces personnes gravement malades ou très seules et dépendantes ont besoin de toute notre attention, de notre savoir et de notre humanité. Cet exercice se situe entre 21heures et 7 heures. Cette plage horaire est synonyme de repos pour beaucoup de monde. Beaucoup de malades ou accompagnants pensent que notre présence la nuit est temporaire, entrecoupée de nombreux temps de détente ou de vrai sommeil. Notre professionnalisme est l’assurance pour les familles et accompagnants que le malade sera soigné correctement, ce qui leur permet de rentrer chez eux se reposer. Ils ont possibilité de téléphoner à n’importe quelle heure de la nuit pour prendre des nouvelles, et peuvent revenir dans le service sans prévenir quelque soit le moment avancé de la nuit lorsque l’état de la personne est inquiétant. Notre nombre restreint n’empêche pas notre humanité et la reconnaissance de l’Autre. Il faut pouvoir réaliser la somme de responsabilités qui nous incombe. Seules (une IDE et une aide soignante) pour 28 à 34 patients malades à des degrés différents, dont l'état n'est pas toujours stable. Nous devons prendre les mesures qui s'imposent sans excès et sans perte de temps, faire appel au médecin de garde à bon escient ou téléphoner à une collègue pour prendre son avis. -les repas : Notre présence dans les locaux se fait sur une durée de 10 heures. Nous prenons donc un en-cas dans l’institution. Du fait de notre effectif, ce temps frugal s’effectue dans le service avec notre collègue du moment, et non au self à rencontrer, côtoyer d’autres personnes. Et le temps peut manquer pour une pause repas tout simplement. Il ne faut pas oublier les malades hospitalisés en urgence la nuit. Ceux-ci ont séjourné plusieurs heures aux urgences avant d'être accueillis dans un lit. Il est fréquent que leur dernier repas date du matin ou du midi. Le soir, il ne reste plus rien dans le réfrigérateur de l'unité pour alimenter les nouveaux occupants. Ils doivent patienter jusqu'au lendemain matin ou midi pour combler ce manque. -La difficulté de connaître la démarche administrative à effectuer parfois pour résoudre certains problèmes : soucis qui peuvent être bénins mais prendre une tournure très lourde si nous ne connaissons pas la marche à suivre. Notre temps est quelque fois bien compté pour réaliser notre travail. Que faire des accompagnants en pleine nuit, n’ayant pas de ressource pour regagner leur domicile en taxi et arrivés avec les pompiers ? Dans la précipitation, cette organisation n'a pas été prévue par eux. Ce temps de négociations, de palabres est grand phagocyteur de temps. Devons-nous accepter de les héberger dans nos locaux jusqu’au lendemain, au risque de conséquences et de répétition de situation ? Devons-nous réveiller nos administrateurs alors que ces évènements se renouvellent bien souvent ? Comment informer nos responsables hiérarchiques avant la prise du service que l’unité est trop lourdement chargée en soins pour une petite équipe ? Cette réalité est évidente, comment l’objectiver, la pointer et trouver une solution pour la nuit ? Il s’agit de sécurité et de qualité pour le malade et l’institution. -la nécessité de se former sur notre temps de repos, par manque de personnel la nuit. Se former aux bons soins de l’hôpital signifie que ce temps d’apprentissage est pris sur notre temps de travail. Il faut donc trouver des soignants pour effectuer notre tâche auprès des patients pendant notre absence professionnelle. L’effectif à flux tendu dès le départ empêche parfois que nous puissions progresser dans notre profession. Nous sentons malgré tout que la profession évolue rapidement. Notre service est enfermé dans un silence complet : ni mise à niveau, ni liaison avec le monde diurne, sauf volonté ferme et individuelle de la part de certains passionnés. C’est à nous de faire l’effort pour créer des liens, de nous renseigner. L’arrivée des 35 heures est à l’origine d’une déstabilisation complète. Qui sera assez fou pour user sa santé, sa vie de famille pour avoir encore moins d’avantages que nos collègues effectuant leur travail la journée ? La pénibilité du travail de nuit est abolie, occultée, puisque nous effectuons strictement le même temps de travail, de jour comme de nuit. Ce choix de nuit pour certaines était l’assurance d’avoir quelques privilèges financiers bien mérités. Ceci a été complètement annihilé avec notre nouveau comptage horaire. Cet ensemble de faits nous fait passer pour une population à part, mais personne ne se penche vraiment et profondément sur les problèmes que cela entraîne. D’où, à la longue, une fatigue et un manque d’énergie des soignants de nuit. A qui en vouloir vraiment ? NUIT :La nuit a-t-elle une âme ? Arrivons-nous encore à réaliser que le malade est le sujet de nos soins ? Leur offrons-nous un plan de route, un mode d'emploi pour vivre ensemble en bonne intelligence? Parler de l'accueil, l'arrivée dans l'unité le soir ou la nuit. Venir chez nous n'est pas une sinécure, mais mettons-nous tout notre savoir-faire pour les accueillir chaleureusement? La chaleur humaine ne doit-elle pas être une de nos caractéristiques? Comment accueillir le mieux possible à 2 heures du matin, lorsque la nuit est si profonde, l'équipe au milieu de son temps de travail et en pleine action ? Bien sûr tout n'est pas urgent, mais qui doit gérer l'organisation et la gestion du travail pour être le plus efficient possible, pour rester dans la qualité et la gestion des risques ? Il faut laisser au nouvel arrivé l'impression qu'il est attendu, que tout est organisé au mieux pour son confort et son installation. Tout cela sans pour autant léser les occupants des autres lits en attente eux aussi d'un soin, d'une présence, d'une venue discrète et feutrée. Ceci peut faire partie d'une gageure. Nous n'y arrivons pas si mal que cela. Le personnel de "jour" réalise-t-il la quantité d'éléments qu'il faut mettre en place pour y parvenir sans déranger le reste de l'unité endormie? Tout doit se passer à pas discrets, rapides et efficaces. Notre spécificité professionnelle nocturne est complètement ignorée, englobée dans la routine. N'avons-nous pas l'habitude du travail de nuit? Cela retire tout effort que nous faisons pour allier savoir, professionnalisme, compétence et particularités. QUI EST RESPONSABLE ?. Nous sommes une population à part, pas "normale" de vivre à contresens des autres et d’y trouver du plaisir. Pourtant, nous sommes là pour assurer une grande partie de la journée d'hôpital. (40%) S'agit-t-il de confiance ou de manque de savoir quand on nous abandonne le bâtiment, fatigué par la dure journée de labeur? REUNIONS DIVERSESLe personnel soignant de nuit est d’abord prêt à s’investir dans la recherche et commence à participer aux réunions programmées dans la journée. Il faut savoir que ces réunions sont décidées pour permettre à un maximum de soignants de jour à être présent. Cette décision n’est jamais prise à l’encontre de la nuit, mais cette équipe est très souvent oubliée dans le contingent parce qu’absente pour se faire rappeler aux bons souvenirs des agendas. Que dire des oubliées ? Bien que motivée et en recherche de savoir, la nuit se retire peu à peu avec beaucoup d’amertume. Chacun restant sur ses positions, par manque de communication, par absence de discussion, on rejoint le stéréotype jour- nuit, avec la suprématie du jour qui "sait" et de la nuit reléguée à la "veille". La réalité est malheureusement loin de cela, mais c'est aussi cela, pour une partie de notre travail, de manière professionnelle. Quel honneur nous avons de veiller au sommeil de nos patients ! Ce n'est pas un exercice si facile que cela: ne pas faire de bruit, ne pas allumer trop de lumières au risque de réveiller toute l'unité (qui aurait beaucoup de mal à retrouver son sommeil), résoudre les problèmes sans provoquer d'effervescence, continuer à vivre nous même sans nous éteindre nous aussi. Rester vaillantes, prêtes au questionnement éthique, médical, légal à la remise en question de nos actes et prescriptions. Tout cela demande un esprit en état de "sur-veille" pour vérifier et assurer le suivi, la continuité des soins. Alors, oui, nous sommes là des veilleuses au sens le plus noble. Tout le monde diurne quitte l’hôpital vers 21h 30. Les soignants de jour peuvent être au courant de problèmes qui pourraient être à l’origine d’insomnies, mais les soucis sont transmis à la nuit qui résoudra… Le temps n’est pas élastique. La charge de travail étant de plus en plus lourde, il est essentiel d’équilibrer équitablement les soins aux malades. Tout cela pour une meilleure répartition et une efficience en soin sur le nycthémère. Mais comment faire comprendre que l'infirmière de nuit est bien souvent seule pour 34 patients, alors que nos collègues du soir sont deux, sectorisées pour la même unité. Cela sous-entend que fréquemment, le personnel de nuit se trouve dans l’obligation de pratiquer des actes, novateurs quelques fois dans l’établissement, mais n’a jamais été informé ou formé à prodiguer ce genre de traitement. La transmission du soir peut être l’occasion de partager le savoir, la marche à suivre, mais non pas par quelqu’un de pressé de partir et ne révélant pas toute la manière de faire. Cela encore sans but de nuire, mais la "chaîne" des soins est fatiguée d’un tel rythme. Ce temps de transmission se rétrécit comme peau de chagrin avec l’arrivée des 35 heures. L’institution ne pouvant embaucher plus de personnel, il faut trouver une solution financière qui va à l’encontre de toute éthique médicale. Ce temps est donc de plus en plus supprimé pour faire place aux transmissions ciblées écrites. Savoir en écrire de moins en moins et cibler de plus en plus au niveau pathologie. Cela veut dire encore une fois que le malade en tant que personne disparaît sous sa pathologie avec prise en charge administrative et mise en croix sur le papier. L'écriture pourra-t-elle remplacer la communication orale de manière complète? Le soignant de nuit sait, le soignant de nuit sait tout ! Comment sait-il ? ADMINISTRATIONL'administrateur de garde est systématiquement prévenu de ces manques, de ces absences de personnel, mais ne peut rien faire sur le moment. LIENS Ce rôle propre que nous revendiquons de jour comme de nuit est peut être notre point commun avec nos collègues de jour. La nuit a beaucoup de chance d’avoir ce champ à offrir au malade. Nous ne sommes pas prêt à abandonner ce lien relationnel. Cela ne pourrait-il pas être une base solide et commune pour arriver à un consensus de soin ? LUMIERE, PETIT DETAIL MATERIALISTE :Notre travail de nuit pose peu de problème de continuité aux personnes chargées de l'entretienNous travaillons la nuit tombée, éclairés à minima avec l'aide d'une lampe de poche pour gêner le moins possible le sommeil du malade. Les malades disent être rassurés le matin, lorsqu'ils ont aperçu nos petites lampes de poches. Ils réalisent que nous passerons, mais en gardien du sommeil. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour ne pas les réveiller et ainsi leur permettre de recharger eux mêmes leurs batteries. ENTRAIDELe service de nuit, quel que soit l’endroit en France, se caractérise par une grande solidarité transversale et une entraide, généralement. C’est ce qui lui permet de tenir sur la longévité. Nous pouvons également nous appuyer sur une pyramide des âges. Les anciennes diplômées peuvent s’informer de certaines nouvelles méthodes ou techniques auprès des jeunes travaillant depuis peu, et inversement, nous pratiquons le compagnonnage vers nos jeunes recrues pour partager nos savoirs. Si depuis un certain temps, une personne n’a pu participer à un renouvellement des connaissances, ne doit-elle pas obligatoirement partir en apprentissage ? Cette IDE, itinérante dans l’institution, doit être capable de prendre en charge un soin technique ou relationnel quelque soit le lieu. Reliée par un bip, sa nuit peut être occupée par diverses actions autant médicales qu’administratives, de soins, d’écoute, de soutien des malades ou des équipes en souffrance, d’information, de transmission et de discrétion. La création de cette fonction a été réalisée à partir d’un besoin criant en personnel de nuit. Connaissances, compétences, créativité, responsabilité, dynamisme, discrétion, écoute, transmissions, polyvalence sont des qualificatifs qui peuvent adhérer à ce travail. Ce poste est aussi très utile pour la prise en charge des personnes en fin de vie. En lien étroit avec l’Emasp, cette continuité des soins est un gage de qualité et de sécurité pour le patient. Nous travaillons ensemble (renfort et équipe de nuit en place) et accompagnons la personne et sa famille quand elle est présente. Ce travail à plusieurs allège un peu la souffrance du soignant de nuit qui apporte toute sa compétence durant ces moments difficiles. La transversalité permet également de découvrir les nouveaux protocoles, matériels, les changements dans les méthodes de travail. Ce passage au travers de l’institution permet d’observer, d’entendre et d’objectiver des manques, des souffrances et de pouvoir les transmettre le lendemain au cadre référent de mon poste. Il permet d’accueillir et de recueillir les informations d’un nouvel arrivé la nuit. Ce semblant de liberté oblige à des résultats, à ne pas s’endormir et toujours donner le meilleur de soi-même à chaque personne rencontrée la nuit, que ce soit un malade, un soignant, une famille. L’éventail des activités est si vaste, qu’il est impossible de vivre sur ses acquis. Les recherches, formations en tout genre sont la préoccupation de cet agent. Le questionnement fait partie intégrante de sa fonction. NOUVEAU MATERIEL L’institution se dote de matériel de plus en plus sophistiqué et performant. Ce matériel devrait effectivement apporter qualité et sécurité dans les soins et le travail. Des maintenances sont-elles prévues pour chaque équipe pour diffuser la pratique complète de ces nouveaux outils ? LES MALADES ET LES SOINS PALLIATIFS :Les malades entament leur " voyage au bout de la nuit ", avec embarquement immédiat. Ils prennent tous un billet aller-retour. Ont-ils droit à la 1 ère ou 2 ème classe ? Normalement, chez la plupart des personnes, la nuit permet de se détendre, de recharger ses batteries pour le lendemain. Etre en mesure d’assumer un nouveau jour à venir. Nous attendons ce moment avec plaisir et impatience pour nous retrouver avec nous même. La nuit nous permet de nous évader dans le monde onirique ou de revivre en sens inverse notre journée, riche en évènements, échanges, rencontres. Cette nuit si ressourçante pour nous, peut devenir un vrai cauchemar pour le malade. Le silence, la solitude sources de visions angoissantes le forcent à se remémorer des instants difficiles. Il ne s’agit plus d’une aventure mais d’un retour sur soi-même. Pour nous, dit en bonne santé, notre lit, lieu de repos est frais. Nous avons plaisir à nous enfoncer dans des draps bien tirés. Qu’en est-il du malade ? Nous ne demandons pourtant pas la lune…..
Législation du travail de nuit par Chantal Rivaleau, 12 juin 2003
Publié par melenig dans Travail de nuit j'ai été très intéressée par cet article, trouvé sur le site "cadredesabte.com", aussi j'en fait profiter tout le monde. La législation du travail de nuitpar Chantal Rivaleau, 12 juin 2003 Le travail de nuit, en particulier concernant les femmes, fait l’objet de textes de Loi depuis longtemps puisque dès 1892, il était interdit, sauf dérogations particulières dans les domaines de l’hygiène et de l’alimentaire. En 1979, le travail de nuit est autorisé pour les femmes occupant un poste de direction ou à caractère technique, impliquant une responsabilité. Dès 1982, la prise en compte de la pénibilité du travail de nuit se traduit par une réduction du temps de travail hebdomadaire à 35 heures. Cette mesure ne concernera le personnel hospitalier qu’à partir de 1991. Différents protocoles sont signés entre 1988 et 1991. Ils concernent les conditions de travail du personnel hospitalier. Il s’agit des protocoles "Evin" du 20 octobre 1988, "Durafour" du 09 février 1990 et enfin du protocole "Durieux" du 15 novembre 1991. Ils donnent lieu à la circulaire 91.68 du 23 décembre 1991 qui évoque les difficultés occasionnées par la charge psychique, la pénibilité de certaines situations de travail et l’isolement professionnel des équipes de nuit. Cette circulaire évoque également l’intérêt de faire évoluer les relations humaines entre les différents secteurs du milieu hospitalier. Enfin, elle dit : "Aucune mesure nationale ne peut résoudre la difficulté de ces situations, car elles nécessitent une participation de l’ensemble des personnels hospitaliers (administratifs, soignants, médecins) à la définition de nouveaux modes de communication et d’organisation du travail". Ces différents textes reconnaissent l’importance du travail de nuit et les difficultés qu’un tel rythme engendre. Les besoins spécifiques du patient la nuitLes attentes des patients vis à vis du personnel ont été étudiées dans une enquête faite entre 1988 et 1992 à l’instigation du Ministère de la Santé et de l’Action Humanitaire. Les priorités des malades vis à vis des soignants de nuit sont ainsi définies : Ces attentes du patient existent aussi la journée mais prennent une ampleur différente la nuit. La surveillance clinique doit être accrue pour plusieurs raisons : Une des plaintes de patients interrogés à la sortie de l’hôpital est souvent le manque de sommeil. Cela est dû à la fois aussi bien à des causes extérieures (bruit, soins...) qu’à l’état du malade lui-même : angoisse, peur, inconfort dû à la maladie et souvent douleur amplifiée la nuit ou en tout cas ressentie différemment. Enfin, ce sont sûrement les attentes relationnelles des malades qui sont les plus influencées par la venue de la nuit. Il est important de revenir sur les représentations et symboles véhiculés par la nuit. Dans toutes les mythologies, le soleil et le jour représentent la vie. La nuit est symbolisée par la puissance des ténèbres. C’est une forme de notre culture qui imprègne chacun d’entre nous et par conséquent qui influence consciemment ou non les patients hospitalisés. Tous les soignants sont conscients que la nuit, en particulier la fin de nuit, est un moment difficile pour les patients instables. Pour tous, l’inquiétude et l’angoisse sont présents. Ces éléments ne font que s’ajouter à l’atmosphère qui règne la nuit : silence parfois pesant mais aussi amplification de tous les bruits. Pour toutes ces raisons, les besoins psychologiques du patient sont particulièrement importants. Il a besoin d’établir des relations avec le personnel afin de parler pour évacuer l’objet de son anxiété, d’être informé et de connaître ceux qui le soignent. Connaître la personne qui va répondre à son appel et lui faire confiance diminue l’anxiété éprouvée par le patient. Parmi les patients que j’avais interrogés lors de ma préenquête, certains insistaient sur le fait qu’ils appréciaient d’avoir affaire à moins de personnes différentes. Une enquête du Ministère de 1992, concluait ainsi le chapitre étudiant les besoins exprimés par les malades la nuit : "Les attentes des personnes hospitalisées sont fortement axées sur le confort, la sécurité, la relation et la compétence du personnel, quel que soit le type de service ou d’établissement... Les malades manifestent le désir de lutter contre l’ennui, le droit d’obtenir des informations claires et rapides, de participer en tant qu’individu responsable à sa propre prise en charge. La manifestation de ces besoins n’est-elle pas révélatrice de l’anxiété des malades pendant la nuit ? ils ont besoin d’être écoutés, d’être informés, de ne pas être seuls" [1] En conclusion, il est donc important que la nuit, le personnel soignant soit à l’écoute du patient et réponde autant que possible à ses attentes de quelque nature qu’elles soient. En effet, la crainte, l’angoisse persistent tout au long de l’hospitalisation quand vient la nuit. Les soignants peuvent apporter une réponse relationnelle mais ce n’est pas la seule. Il est important pour le patient d’avoir une information identique de la part des personnels de jour comme de nuit. La confiance inspirée par les soignants, l’écoute, l’attitude les rapports qui se nouent sont essentiels. Il ne faut pas pour autant oublier qu’un malade sera moins sujet à l’angoisse s’il se sent en sécurité. Celle-ci doit être ressentie par le patient dans tous les domaines. La confiance doit être effective dans les relations mais aussi dans la qualité des soins effectués. Les spécificités du travail de nuit pour le personnel soignantLe travail de nuit a de nombreuses répercussions sur la santé des travailleurs. Celles-ci ont été étudiées par les médecins du travail et en particulier, le Docteur Estryn Brehar, médecin du travail de l’Assistance Publique. Elle rend compte de ses études dans l’un de ses livres "Stress et souffrance des soignants". Les aspects psychiques ou affectifs du travail sont prépondérants dans toutes les professions. Mais les métiers en relation avec le public ou plus encore en relation avec la maladie grave et la mort sont soumis à des interpellations fortes sur le sens de leur activité. La manière dont l’organisation des prestations hospitalières rend possible ou non, pour chaque soignant, des marges de manœuvre, est déterminante en matière de plaisir ou de souffrance dans le travail. Ces marges de manœuvre concernent notamment la possibilité de réaliser un réel travail d’équipe et des soins de qualité personnalisés. Les mécanismes de défense permettent souvent aux salariés de conserver leur comportement et attitude habituels malgré leurs difficultés. De façon parfois masquée, l’évolution de cet état peut aggraver à son tour des situations et donner lieu à des oublis voire à des erreurs dommageables. L’approche clinique dans la psychopathologie du travail étudie les situations génératrices de souffrance et de plaisir dans le travail. Si pour privilégier le relationnel, un soignant retardait un traitement médical ou ne réalisait pas un soin d’hygiène, il serait en faute. Mais s’il termine sa journée sans avoir jouer son rôle propre d’écoute et d’accompagnement, il est aussi en faute. L’analyse de présentation des informations peut aider à comprendre la fréquence des incertitudes concernant leur perception ou leur signification. Les horaires, la durée et la répartition du travail sont importants. Le rôle de la dette de sommeil sur les troubles du caractère et le risque dépressif gagne à être compris aussi bien par ceux qui peuvent en souffrir que par ceux qui les côtoient. En comprenant les effets du manque de sommeil, bien des jugements hâtifs souvent dévalorisants sur la compétence d’une infirmière de nuit ou sur son caractère difficile pourraient être évités. La souffrance psychique causée par le travail ne conduit pas inéluctablement à l’apparition d’une pathologie de type psychiatrique. Si l’équilibre est sauvé, c’est parfois au prix d’une lutte qui exige parfois le renoncement à un véritable projet de vie et à l’essentiel du désir et de la joie de vivre. Libouban en 1985 a déduit de son étude que 2 manifestations comportementales acquièrent valeur de stratégie défensive : la formation d’une équipe solidaire - la solidarité fonctionne alors comme système de défense -, et l’absence d’absentéisme, tenir à tout prix constitue une priorité. [2] Kasl en 1973 pense qu’un bas niveau de satisfaction professionnelle est lié à la non-participation à la prise de décision, à l’impossibilité de donner un avis retour -feed back- aux superviseurs et au manque de reconnaissance des bonnes performances. Les facteurs qui génèrent classiquement la satisfaction des employés sont la clarté sur les rôles, la communication et le feed back, la possibilité de participer à la prise de décision et les possibilités d’innovation. Lors d’une étude, un quart des infirmières (26%) pensent que leur connaissance du malade n’est jamais prise en compte lors des prises de décision. Cette fréquence est largement plus élevée chez les infirmiers de nuit. 1- La motivation Elles sont variables en fonction du profil de chaque soignant et les motivations du choix de travailler de nuit au départ diffèrent des motivations pour rester. Les arguments avancés le plus souvent sont : 2- La spécificité physique du travail de nuit La connaissance des effets sur la santé, la vigilance et les troubles du caractère dus au travail de nuit et de la "dette" de sommeil est indispensable aussi bien pour ceux qui vivent cette situation que pour leurs collègues des autres équipes. Cette connaissance permet à un soignant de nuit d’éviter de se dévaloriser quand il se trouve confronté, en raison des horaires notamment, à ce qu’il considère comme un manque de dynamisme. Une telle information permet aux collègues des autres horaires d’éviter des critiques hâtives. Elle les incite à organiser la transmission des informations et les rangements de manière à ne pas pénaliser leurs collègues de nuit. La réponse aux angoisses des patients, la nuit, nécessite des soignants qui s’en occupent, de rencontrer l’encadrement et les médecins régulièrement sans amputer leur repos.
C’est l’un des problèmes majeurs des équipes de nuit. En effet, le travail nocturne s’oppose au rythme biologique circadien. Les effets de ce décalage sont divers suivant les individus : difficultés d’endormissement, insomnies, réveils précoces... Il a été calculé que les travailleurs de nuit ont une dette de sommeil d’environ deux heures par rapport à leurs collègues de jour. Cela a des conséquences telles que : nervosité, fatigue, troubles de l’humeur, problèmes de vigilance, d’attention, de performance et d’adaptation à une situation nouvelle. ... De plus, ces problèmes s’aggravent avec le temps.
Il est à relier aux problèmes de sommeil et à la pénibilité du travail de nuit. Il est parfois aussi à relier à l’accroissement des responsabilités qui est pourtant cité comme une des motivations au travail de nuit. Les personnels de nuit se plaignent souvent de leur anxiété et de leur irritabilité en relation bien sûr avec le stress.
De manière générale, il y a dégradation des performances en particulier des temps de réaction durant le poste de nuit, spécialement entre 3h et 6h. La somnolence peut entraîner des endormissements au travail. Il s’agit de la perte de conscience au cours d’un combat pour rester éveillé. La somnolence est donc un avertissement qu’un endormissement peut suivre. Certaines catastrophes sont liées au travail de nuit : Tchernobyl à 1h35, Tree Mile Island entre 4h et 6h et l’accident de la navette Challenger dû à une erreur de jugement tôt le matin.
Des études ont été faites concernant l’alimentation des travailleurs de nuit. Le fait de s’alimenter à un rythme inverse du rythme circadien provoque ces diverses pathologies. [3]
Une étude menée à l’Assistance Publique révèle une prise de poids d’au moins dix kilos pour 22% des femmes travaillant depuis moins de trois ans de nuit et pour 50% des femmes travaillant depuis plus de trois ans de nuit.
Ce sont les risques coronariens accrus, la tendance à l’hypertension, la réduction probable du système immunitaire, les dérèglements endocriniens divers découlant directement de ceux évoqués précédemment : dette de sommeil, surpoids, stress... La spécificité psychologique du travail de nuit1- L’organisation du travail La nuit, le personnel travaille en binôme infirmière /aide soignant(e). Il est donc plus facile de s’organiser en fonction des priorités, les interruptions sont également moins nombreuses. Le personnel a donc la sensation d’une plus grande autonomie. L’esprit d’équipe, que ce soit pour répondre aux attentes du malade ou en cas d’urgence, est particulièrement important et cité par le personnel de nuit comme un des aspects positifs. Les aides soignants le ressentent tout particulièrement et nombreux sont ceux qui se sentent plus reconnus dans leur fonction de nuit que de jour. 2- Les relations professionnelles
3- L’angoisse et la solitude Dans une enquête faite en 1998, à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, plus du tiers des soignants trouve le travail de nuit angoissant, sans rapport avec l’ancienneté. Du fait des difficultés de communication dont se plaignent les soignants de nuit, ils se trouvent souvent désarmés quant à la réponse à apporter au patient. Or, celui-ci questionne le personnel, la nuit, essentiellement par rapport à ce qui motive son angoisse personnelle, la maladie, la souffrance voire la mort. Le même problème se pose avec les familles, qui les connaissant moins, demandent à parler à des personnes qu’elles connaissent mieux. Il est également plus difficile, la nuit, d’avoir des recours face à des difficultés d’origine linguistique, culturelle ou religieuse. 4- La dévalorisation et l’isolement [4] "L’infirmière de nuit a besoin de communiquer la spécificité de son vécu professionnel aux autres soignants, notamment à ceux de l’équipe de jour et à la hiérarchie. Sinon, elle risque d’éprouver un sentiment de dévalorisation et d’isolement professionnel qui, à long terme, pourrait s’avérer néfaste, tant pour le soignant que pour la personne soignée" Un manque de communication peut être à l’origine d’un sentiment de dévalorisation, de non-reconnaissance pouvant aller jusqu’à l’isolement [5] [6] En conclusion, le travail de nuit est un exercice particulier d’un point de vue physique et psychologique. Il est essentiel de limiter les effets de la charge physique et mentale des soignants pour leur qualité de vie au travail mais aussi et surtout pour celle des personnes soignées.
Lecture : infirmières, le savoir de la nuit
Publié par melenig dans Travail de nuit Voilà ce à quoi je me suis attelée ces derniers jours : je me suis enfin décidée à reprendre la lecture, et j'ai opté pour ce livre qui avait attiré mon attention lors de recherches sur internet. Je vous livre ici l'article que j'avais trouvé à ce sujet, et vous laisse juges (bonne lecture!) :
Anne Perraut Soliveres Ed. Le monde/puf, collection Partage du savoir, parrainée par Edgar Morin. 294p. Préface d'Isabelle Stengers. Prix "Le Monde" de la recherche universitaire
Fruit d'une expérience et d'un engagement personnels, mais aussi d'une réflexion et d'une enquête approfondie, ce livre se propose, à travers une démarche théorique et éthique aux accents souvent militants, de rendre la parole à celles que notre société, et pas seulement le système médical, laisse dans le silence et dans l'ombre: les infirmières de nuit. Quel savoir ces infirmières, confrontées quotidiennement à la souffrance, à la faiblesse et à la mort, développent-elles ? Quelle est la particularité du « monde de la nuit » qui constitue la face cachée, impensée de la médecine et au-delà même de la science dans son entier? Quelles valeurs produit-il ? La nuit est ce moment où les normes, les structures, les rites, le temps même semblent disparaître, et laisser place à la sensation que tout peut arriver: la mort qui rôde et qui ne se décide pas, ou qui se trompe parfois de malade. C'est le moment du vide, de l'aventure, de l'inattendu, mais aussi celui de la liberté et d'une plus grande disponibilité envers les patients. Pour explorer ce savoir de la nuit, et afin que s'éclaire la nuit du savoir, Anne Perraut-Soliveres, elle-même infirmière de nuit, a enquêté pendant sept ans, recueillant de très nombreux témoignages de collègues. Prenant appui sur une méthode particulièrement originale, qui mêle le « je » de l'auteur aux énoncés plus impersonnels de la recherche, cet ouvrage vise à redonner aux infirmières une position stratégique dont la déshumanisation croissante de l'institution hospitalière les a destituées. Il aidera les lecteurs à prendre conscience du piège qu'a tissé, avec l'assentiment d'une majorité silencieuse, un système de soins fondé uniquement sur le profit.
Analyse par RMP Il est totalement illusoire d'espérer envisager la notion de qualité des soins, largement pervertie par des réformateurs technocrates, sans considérer les conditions d'exercice des infirmières (ce qui inclut la sélection et les conditions de formation), d'exiger d'elles une attention grandissante à l'autre quand elles sont elles-mêmes de moins en moins écoutées (p1). « Ni bonnes, ni nonnes» clament-elles, quand elles défilent. Leur assigner des « tâches ciblées » selon les besoins supposés des malades par les médecins, sous prétexte d'expliciter, de résister à la confusion du sens commun, c'est demander aux infirmières de collaborer à la construction d'une version amoindrie et aliénante de leur métier(VIII). La surdité du médecin à la problématique des infirmières se nourrit de sa propre amnésie d'une composante émotionnelle éradiquée à force de QCM, d'inventaires et autres DSM, où la méthode scientifique (objectivante, à variables dures) tiendrait lieu de ligne de conduite suffisante (2). Comme si faire une théorie de la pratique (à partir de la plainte) et prendre position au nom de sa pratique était de qualité inférieure et s'abandonner à une importune subjectivité personnelle (IX). Comme si aussi, en référence à la toute puissance médicale affichée et fantasmée, un monde aseptisé où (à condition de respecter quelques bonnes pratiques de vie) l'on pourrait vivre en « bonne santé », voire repousser indéfiniment la mort, avait plus de réalité que le monde des souffrants pénétré de « l'inscription de la maladie dans la vie de la personne » et de ses remaniements symboliques (5) Pour comprendre les « dysfonctionnements », il faut sortir de la logique évaluative prescriptive et morale en vigueur actuellement (3). L'infirmière est prise dans tout un tas de double-liens et d'attentes paradoxales. La formation recrute ses élèves sur tests psychotechniques mais les juge ensuite sur leur comportement, alimentant « cette dichotomie institutionnelle entre penser et agir qui produit immanquablement la frustration » (122). Elles doivent mettre à l'écart « l'encombrant magma d'affects qui sous-tend leurs motivations à soigner et qui, dans un monde tourné vers l'objectivation, les dévalorise» (123)…«C'est l'impensable de cette réalité qui maintient le plus sûrement les infirmières dans le déni de leurs affects, les partageant entre le dévoilement de leurs faiblesses, indésirables socialement, ou une attitude offensive que l'ensemble de l'institution concourt à disqualifier » (124). C'est ainsi que l'épanouissement professionnel d'une infirmière de nuit passe paradoxalement par sa capacité à surmonter sa frustration d'une reconnaissance par ses pairs et par les médecins, par l'acceptation d'une certaine impuissance (4). Il arrive, là comme ailleurs et beaucoup plus souvent qu'on ne pense, que l'efficacité vienne quand même par surcroît. Mais qu'est-ce qui est efficace ? Question qu'on pourrait poser aussi au médecin. RMP |
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